Oxus 2003, premier retour au Nosahq

En organisant en 2003 une expédition internationale sur le Noshaq, principal sommet de l’Hindu Kush afghan, l’association écologiste montagnarde Mountain Wilderness International (MWI) avait fait le premier pas vers un retour des touristes occidentaux dans ce pays mythique mais ravagé par 25 années de guerre. « Les Afghans au sommet » se place dans la droite ligne de cette expédition.

Mountain Wilderness International regroupe les alpinistes soucieux « de la défense de l’intégrité du patrimoine naturel et culturel des hautes terres ». Parrainé par les plus grands alpinistes européens, parmi lesquels Chris Bonington, Kurt Diemberger ou Lionel Daudet, elle est célèbre pour ses actions souvent spectaculaires de nettoyage, de sensibilisation et de formation, des Alpes à l’Himalaya. Pour cette expédition afghane, premier volet d’un projet baptisé « Oxus, Mountains for Peace », MWI n’avait pas lésiné sur les moyens. C’était une expédition lourde, à l’ancienne ou presque, réunissant 15 membres d’expédition (8 Italiens, 3 Français, 2 Afghans, un Catalan et une Slovène). Pour acheminer 3 tonnes de matériel et de nourriture, 130 porteurs ont été recrutés dans les derniers villages, à l’entrée du corridor du Wakhan. C’est en pensant à eux, autant qu’aux alpinistes occidentaux et asiatiques, que l’expédition a été organisée. « En réalisant l’ascension du Noshaq, nous voulions donner au monde un message de normalité retrouvée : la guerre est finie en Afghanistan », explique le concepteur et chef de l’expédition, l’Italien Carlo Alberto Pinelli, 68 ans. Il fut l’un des explorateurs de l’Hindu Kush dans les années 60, avant de diriger MWI. « Notre expédition était un premier pas, un signe d’espérance, à même de renverser le processus d’isolement et de misère dont les montagnards afghans ont souffert ces 30 dernières années. Le pas suivant, ce sera de former les jeunes des villages pour qu’ils deviennent des guides de trekking ou de montagne à part entière, acteurs d’un tourisme doux et respectueux de leur environnement ».
Le 27 juillet 2003, l’himalayiste italien de renom Fausto de Stefani fut le premier à parvenir au sommet du Noshaq, suivi quelques jours plus tard par deux autres membres de l’expédition, un Italien et une Slovène, accompagnés par un journaliste photographe français.
Saïd Akmal, le jeune grimpeur afghan de l’expédition Oxus, n’avait pu dépasser les 6.000 m d’altitude. Une déception, mais le plus important restait alors le succès collectif. Avec quatre grimpeurs de trois nationalités différentes au sommet, le contrat était rempli : un signal a été donné aux montagnards du monde entier. Un nouveau sentier contourne le champ de mine, le camp de base est propre, les vieilles cordes fixes coupées, les villageois du Wakhan attendent de pied ferme les étrangers.

François Carrel, le journaliste français de l’expédition Oxus en 2003, écrivait à son retour du sommet : « Le Noshaq a secoué nos tentes de son vent le plus violent, nous a privé de sommeil et aiguisé ses attaques par le froid, mais il nous a finalement accueillis sans grande réticence. Une falaise à escalader sous les 6.900 m, puis un raide et beau couloir sous les 7.300, et nous avons débouché sur un sommet facile, surplombant l'Afghanistan et le Pakistan aux centaines de pics. Un sommet délaissé 25 ans par les hommes, retrouvé en 7 jours. Un quart de siècle, une semaine... périodes insignifiantes pour une montagne, mais nous voulons croire que cette expédition ouvre une ère nouvelle ici, dans l'Hindu Kush afghan. Au fin fond de l’Hindu Kush, le vieux Shah de Qazi Deh nous confiait dans un sourire son message au monde : « Bonjour à tous, rappelez-vous de nous ! Vous pouvez revenir dans nos montagnes… »

L’ascension du Noshaq aura été la première étape, symbolique et médiatique, d’un vaste projet de Mountain Wilderness International visant à la réouverture au tourisme d’aventure de cette très belle région de l’Hindu Kush et du corridor du Wakhan. L’association défend à long terme l’idée de la création d’un parc naturel du Wakhan.
Les formations, dont les premières ont eu lieu en 2005, sont de plusieurs types : formation technique pour de futurs guides de trekking et de montagne, formation à l’économie touristique, à l’anglais, à l’écologie. L’association entend également soutenir la construction dans chaque village de lieux d’hébergement et de coopératives pour le matériel d’encadrement.

Plus d’infos :

- Etat des lieux du projet « Oxus, Mountains for Peace », par Carlo Alberto Pinelli, Mountain Wilderness International, en pdf :
www.unama-afg.org/news/_pr/_english/UN/2006/06sep11-AsiaDesk-PressRelease.pdf

- Article « From mujahideen to mountain guide”, par Andrew North, correspondant à la BBC: 
http://news.bbc.co.uk/1/hi/world/south_asia/4748989.stm

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