Le Noshaq, un sommet mythique effacé des mémoires par la guerre

Le Noshaq - Nowshak pour les anglo-saxons, est, à 7.492 mètres, le point culminant de l’Afghanistan. Son nom est prononcé « Nowchar » par les Afghans (ce qui signifie « neuf vallées » en Dari).  Il est situé sur la frontière afghano-pakistanaise, dans le massif de l’Hindu Kush, au nord-est du pays, près de l’entrée du corridor du Wakhan. C’est le second sommet du massif de l’Hindu Kush après le Tirich Mir situé au Pakistan. L’Hindu Kush est le massif le plus occidental de la chaîne himalayenne.

Invisible depuis le corridor du Wakhan, le Noshaq se cache au fond d’une large vallée. Si les sommets de 6.000 m qui l’entourent sont raides, aériens et élégants, le Noshaq écrase tout de son incroyable masse. Son versant sud est une immense face glaciaire inclinée à 40 ° ; son versant ouest un infâme océan de roche douteuse. Entre les deux, l’arête ouest s’élève sur des kilomètres et près de 3.000 m de dénivelée. C’est la voie normale.

La première ascension fut réalisée en 1960 par une expédition japonaise (Toshiaki Sakai et Goro Iwatsubo), par l’arête sud. Une demi-douzaine d’autres voies ont été ouvertes entre 1963 et 1978, toutes depuis l’Afghanistan. La première ascension hivernale fut accomplie par les Polonais Tadeusz Piotrowski et Andrzej Zawada en 1973, par des températures de -40°. C’était la première ascension hivernale d’un sommet de plus de 7.000m ! Le versant pakistanais reste vierge.

Ce sommet, à l’extrémité occidentale de l’Himalaya, était très populaire parmi les alpinistes du monde entier dans les années 60 et 70. Il avait été totalement déserté depuis décembre 1979, date de l’entrée de l’Armée Rouge en Afghanistan, à laquelle a succédé près d’un quart de siècle de guerre dans ce pays. Après l’invasion soviétique, plus une seule expédition n’avait été organisée sur le sommet, jusqu’en 2003. Délaissé pendant 25 ans, le Noshaq n’est plus aussi facile qu’il l’était devenu à la fin des années 70, lorsque qu’un sentier confortable menait presque au sommet. Lindsay Griffin, rédacteur en chef du mensuel anglais High Magazine, avait été l’un des derniers Occidentaux à gravir le Noshaq avant 1979 : « La voie normale n’était qu’une simple marche jusqu’à 6.600 mètres, puis une marche plus raide à travers des rochers délités jusqu’au sommet ouest. (…) Si ce sommet avait été situé dans une région accessible, il serait sans doute devenu le 7.000 le plus populaire du monde pour les expéditions commerciales. »

Si des dizaines d’himalayistes ont réussi l’ascension de 1960 à nos jours, aucun Afghan n’a encore à ce jour atteint le sommet, une anomalie à laquelle l’expédition « Les Afghans au sommet » entend remédier !

Chronologie : Le Noshaq des alpinistes

1929 - Exploration topographique du massif de l’Hindu Kush par les Britanniques.
1960 - Première ascension du Noshaq par une expédition japonaise.
1963 - Les Autrichiens ouvrent un nouvel itinéraire sur l’arête ouest, qui devient la voie normale, et réussissent la première traversée des quatre sommets du Noshaq.
De 1964 à 1979 - Une trentaine d’expéditions se succèdent, principalement sur l’arête ouest, mais une demi-douzaine d’autres voies sont ouvertes, toutes depuis l’Afghanistan.
1971 - Une expédition bulgare est décimée : cinq morts.
1973 - Le Noshaq est l’un des tous premiers sommets himalayens gravis en hiver.
Décembre 1979 - l’invasion de l’Afghanistan par l’Armée rouge signe l’arrêt de toute expédition.
Juillet 2003 - premières ascensions après 24 ans sans expédition, par l’expédition « Oxus, Mountains for Peace » de Mountain Wilderness International.
Juillet/août 2009 - expédition « Les Afghans au sommet ».



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